Qu"est-ce que c"est ?

Voilà un blog qui raconte (aussi) des histoires vraies, parfois vues ou vécues, parfois seulement entendues.
Si vous voulez me faire plaisir, racontez aussi les votres.
Envoyez-les à monsieurmatthieu@gmail.com
Mais oui.

lundi 12 mai 2008

J'ai ressorti ma groovebox


Et voilà le résultat.
http://www.myspace.com/monsieurmatthieumusique

dimanche 2 septembre 2007

Olivier ne s'habitue pas

On trouve à Paris quelques bars d’habitués. Ne sont pas considérés comme habitués les amis qui vont souvent ensemble dans un endroit qu’ils aiment bien. Les vrais habitués peuvent venir seul et savent qu’ils trouveront quelqu’un à qui parler, sauf pendant les grandes vacances où les touristes investissent ces bars comme s’ils étaient de simples brasseries. Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont là chez des gens et qu’il y a sur ces banquettes tout un tas d’histoires parisiennes.
On ne devine pas tout de suite qui sont les habitués d’un endroit, sauf à y venir souvent soi même. Mais en général, ce sont ceux qui engagent la conversation, ou du moins qui ne la refusent pas.
On ne se décrète pas habitué, comme on entre pas par effraction dans une famille. Trop de gens font cette erreur, les serveuses se chargent de vous le rappeler. Au café de la Perle, par exemple, grand troqué vitré avec un long comptoir, je lis en ce moment du Valery Larbaud (voir post précédant). Entre deux Enfantines, si je lève le nez, je vois qu’on se demande si je ne suis pas candidat à l’habitude. Mais à la Perle, je préfère lire et observer.

Hier soir par exemple, j’ai pu voir ceci. Il y avait cet habitué qui s’appelle Olivier et que je connais un peu. Il a trente années d’enfance derrière lui, ce qui en fait quelqu’un d’assez émouvant. On a envie de lui demander s’il a réussi ses examens de licence alors qu’il est juriste depuis quatre ans dans une commune de la grande couronne. Il a une tête à être né dans le quinzième arrondissement de Paris, ce qui est le cas par ailleurs, une tête à l’ouest et petite bourgeoise, aimant le calme, la famille, la forêt, le marché du dimanche matin, la gentillesse et l’indulgence, contournant sans heurter les idioties de ce milieu, cachant sous un sourire le mal qu’y font parfois les petites mesquineries, tout cela pour préserver un idéal de paix et aussi parce qu’il n’est pas fait pour la guerre.

Olivier donc, est un habitué, et nous bavardions hier soir quand, absolument tout à coup, il s’est excusé d’un trait et a suivi jusque dans la rue une silhouette qui sortait du café. La silhouette revient trente seconde après, hilare et sûre d’elle, suivie par Olivier, à présent triste et blanc.
- Je vais rentrer chez moi, dit-il les yeux sur le carrelage.
La silhouette continue de rire dans son coin.
- Tu ne finis pas ton Perrier ?
- C’est à cause de… dit il en lançant la tête vers la silhouette, mais j’avais compris, je suis quand même journaliste, diplômé de sciences-po et de l’IUT de Tours, titulaire d’un bac L et narrateur de cette histoire vraie. Pourtant je feins l’étonné, histoire d’en savoir plus.
- Ah oui ?
Il est amoureux de la silhouette, elle-même habituée, pas très jolie à mon goût, plutôt vulgaire même, et il ne pense qu’à une chose depuis qu’il l’a vue la première fois : « j’en peux plus de désir ». Je regarde mieux, entre les piliers, et cherche dans les attitudes de cette silhouette ce qui peut bien plaire à Olivier, mais sa manière d’en parler, de dire qu’il est aimanté, qu’il ne l’aura jamais, qu’il en rêve, qu’il ne sait pas pourquoi, qu’il voit bien que c’est idiot, me remplit d’une sorte de bonheur, comme à le lecture d’une belle histoire.
- Je peux pas rester ici, je suis ridicule, dit-il.
- Allons ailleurs si tu veux.
On sort du bar tous les deux, la silhouette est partie je ne sais où. A ce moment-là, elle réapparaît dans la rue, et je n’ai pas le temps de voir Olivier réagir, je préfère partir illico me cacher de l’autre côté de la rue, regarder Olivier rattraper cette silhouette, m’éloigner encore, les voir parler tous les deux, surprendre la silhouette qui embrasse Olivier comme une mère embrasse son fils, je regarde une seconde ailleurs, il y a beaucoup de monde sur le trottoir et Olivier a disparu. Je repasse devant le café et vois, de loin, la silhouette seule au bar, et qui rie bêtement.

samedi 1 septembre 2007

Larbaud for ever

Ceux qui aiment les histoires devraient aimer Valery Larbaud, écrivain français né à la fin du XIX (1881) et mort en 1957. Je conseille assez vivement d'aller voir ses Enfantines, recueuil de nouvelles qui parlent de l'enfance, qui raconte des histoires d'enfances. Ca ne se lit pas vite, plutôt lentement même, bien que le style soit parfaitement clair. C'est une très bonne chose pour les flemmards qui aiment qu'on leur raconte des histoires sans trop les fatiguer. Car Larbaud a bien fait le boulot, et on accede à tout un tas d'images très poétiques sans trop d'effort. Comme, en plus, Larbaud avait le respect de ses lecteurs, il a fait des textes courts pour la plupart, qui se lisent très bien entre midi et deux, sur un banc, pour fuir les collègues.
Signalons la diffusion sur France Culture d'une émission à son propos (ben oui, c'est de la pub) le jeudi 25 octobre à 10 heures du matin.

Larbaud, c'est beau. Mais oui.

lundi 18 juin 2007

Chorando se foi, quem um dia só me fez chorar

Il est temps d'en rajouter un coup sur la tektonik. La tektonik n'est pas une lambada, mais on peut être ridicule en la dansant.
Bon, il faut copier-coller les liens.

www.dailymotion.com/relevance/search/tektonik/video/x1ukvj_tektonik-pro/1

Her's the yungest tektoniker ever
http://3.upload.dailymotion.com/video/x247rg_tecktonik-a-9-ans-avec-blogsoundnet

Toilets tektonik
http://6.upload.dailymotion.com/video/x1e9p3_tektonik-killa

soundless tektonik
http://3.upload.dailymotion.com/video/x1zndm_tektonik
(sous-rubrique : je m'éclatte tout seul)

Et maintenant cette question : la tektonik est elle française ?
perso, sur youtube, je n'ai trouvé que des teknoteurs qui parlaient français. Y'en a même à pigalle
http://3.upload.dailymotion.com/video/x1zndm_tektonik

Bon, il faut vraiment en savoir plus. Est-ce que Spoke a inventé la tektonik ? (voir lien breakdance_classe dans MonsieurMatthieu Awards).
Promis, on enquête.

vendredi 8 juin 2007

how can I help ?

Grâce à Google analytics, je peux savoir quels sont les mots-clés grâce auxquels les internautes sont tombés sur ce blog.
Aujourd'hui, je peux affirmer de façon certaine qu'il y a quelqu'un qui a tapé ça :
travailler comme voituriers a las vegas
et qu'il est tombé ici.

I'm sorry to announce that I can't help.

jeudi 7 juin 2007

Un appart se libère dans le 10ème

On s’étonne toujours de voir des scellés de la police sur la porte de sa voisine. J’en ai justement repéré en allant déranger la gardienne hier soir un peu tard, pour lui signaler une odeur de gaz à tous les étages de l’immeuble. Visiblement, je n’étais pas le premier, et elle en avait marre de répéter que l’immeuble était électrique, qu’il n’y avait pas une seule conduite de gaz à cinquante mètres à la ronde. Ca sentait quand même fort. J'ai pensé à un très gros choux mais ça ne l'a pas fait rire.
Du coup, comme j’étais sur le palier de la loge, j’en ai profité pour lui demander des précisions sur les scellés.
- C’est que la locatrice est morte, m’a-t-elle dit, et il faut éviter qu’on vienne piller ses affaires.
- Elle était là depuis longtemps ?
- Quatorze ans
- Hum, c’est moche (c’est moi qui ai dit ça)
- Oh ça oui, c’est moche. Et puis elle connaissait personne, j’étais la seule à son enterrement.
- Hum, ça c’est dur (et c’est vrai que c’est dur).
- Ben oui, c’est dur.
On a bavardé un petit moment. Du coup, grâce à la morte qui ne connaissait personne, je suis devenu copain avec la concierge. Enfin pour ce qui me concerne.

jeudi 31 mai 2007

Fish back (retour sur poisson) : Un premier avril où tout est vrai à New York

Le dimanche premier avril 2007, j'ai rencontré quelqu’un qui m'a dit être allé au fameux bal noir et blanc, donné par Capote en 1966, et qui marque l'apogée mondaine de l'auteur en même temps que l'annonce de son déclin. C’était, je crois, vers la 59ème rue est, dans un endroit qui ressemblait beaucoup à une soirée du Rotary. Vous aviez d’abord une première salle, avec des hommes d’âge respectable, le plus souvent en costume, voire en Tuxedo. Au sol, la moquette verte rappelait le bureau que tous ces vieux élégants venaient de quitter, et où ils devaient avoir des postes à responsabilité. La seconde salle n’était pas plus impressionnante d’apparence, mais on y trouvait un piano à queue avec un pianiste qui connaissait à peu près tout ce qui peut être accompagné au piano, marquant une nette préférence pour Sinatra. Je lui demande ce qu’il a en Français : « La vie en Wose. That’s it » Mais moi, je ne suis pas sûr de connaître toutes les paroles et préfère laisser chanter ces émouvants vieillards, accoudés au piano par grappe de dix ou vingt, et qui reprennent des vieux tubes, seuls ou ensemble, parfois les larmes au yeux, semblant réellement s’amuser tout en goûtant ce fond de tristesse et de mélancolie qu’on retrouve dans les paroles de ce genre de chansons. Oui, vraiment, c’était une drôle de chose que ce concert là, cette camaraderie des vieux souvenirs, il y avait de l’émouvant là-dedans.

Ce n’est pas parmi eux que j’ai rencontré celui qui m’a confié être allé au bal noir et blanc. Il était assis sur une banquette avec un air jovial d’intellectuel de gauche américain, un peu gros mais pas tant finalement pour son âge. Avant cela, on avait parlé de sa fille, de son fils, de sa femme quittée vingt ans plus tôt pour un homme, avec qui il était resté cinq ans. Depuis, rien de bien stable. Car, en dépit des apparences, l’endroit n’est pas seulement un club de karaoké pour vieux nostalgiques, il s’agit aussi d’un bar fléché, où on peut rencontrer plus jeune ou plus vieux que soi, pour passer une nuit ou plus. Je précise bien sûr que tout cela est gratuit, et que ce n’est en aucun une sorte de maison close. Mais il est vrai qu’en y regardant de plus près, on peut voir dans cette foule grisonnante ou chauve, quelques jeunes entre vingt-cinq et trente ans, qui discutent avec d’autres hommes ayant, disons, plus d’expérience.

Mais revenons à Truman Capote et à mon interlocuteur, qui m’explique, après deux cocktails, qu’il tenait un magasin sur la cinquième avenue, auquel, j’imagine, se rendait Truman Capote, et que celui-ci l’avait donc invité. J’ai dit « Ben voyons ! » en riant un peu trop fort et je crois que ça l’a vexé. « Et alors, c’était comment ?
- Wonderfull. »
La réponse était courte, donc j’ai un peu insisté. Mais tout à coup, alors qu’on parlait depuis une heure, il n’a plus voulu rien m’en dire et, finissant son cocktail, il s’est levé en remettant son manteau.
- Je suis heureux d’avoir croisé quelqu’un qui est peut-être allé au bal noir et blanc, lui ais-je dit quand il est parti.
Il a fait un grand sourire et une petite courbette. Je crois qu’on s’est quitté bons amis et, après tout, il y a une chance pour qu’il ait dit la vérité, et je préfère garder cette chance là, en allant pas trop vérifier à quel magasin de la 5ème TC avait ses habitude.